Mourad Ouchichi était l’invité du café littéraire organisé, dans l’après-midi de samedi dernier, par l’association culturelle Tiiwinin d’Ath Wizgan. La rencontre a eu lieu au centre culturel Ferrat Ramdane de Bouzeguène.

L’économiste de formation a traité le thème intitulé «L’économie algérienne et l’incontournable nouvel ordre mondial» pendant plus de trois heures en conférence-débat. Pour commencer, le conférencier a préféré rassurer le public que l’état actuel des finances et de l’économie de l’Algérie a déjà été vécu : «On a déjà eu des périodes de baisse des prix du pétrole. Rien de nouveau en fait». Il regrette par contre le fait qu’on nous parle d’austérité, de gel de projets structurants parce qu’on dépend toujours des rentes des hydrocarbures. Il trouve que l’État veut une société non productive pour avoir les choses en main. Parce que, selon lui, «si le régime perd le pouvoir économique, il perdra le pouvoir politique». Il a ensuite fait un aperçu sur l’économie coloniale basée sur l’agriculture mais non industrialisée, puis la situation économique du pays depuis le lendemain de l’indépendance tout en expliquant le conditionnement et la relation entre le régime politique et l’économie. «On a opté pour une économie planifiée qui va avec le parti unique en 1967. On a mis la théorie de l’industrie industrialisant jusqu’à 1978. On a pu croire, en 1980, que l’Algérie se développait économiquement», soulignera-t-il. «Après la mort du Président Boumediene, le Président Chadli a décidé de changer de stratégie même s’il a pris le pouvoir en période de prospérité financière. Le pétrole était en augmentation, il a quand même cru que la grandeur des entreprises était la cause de l’échec et du mauvais rendement, alors il fallait restructurer les finances et les entreprises publiques comme premier pas. Et c’est, ainsi, que ce sont créées les moyennes entreprises. Puis encourager la consommation à travers les plans anti-pénurie tel que les logements et ce jusqu’à 1984. En 1986, les prix du pétrole en chuté. On a donc commencé à réduire le budget des équipements et matières premières sans toucher aux produits alimentaires pour garder la paix sociale. La deuxième mesure était l’endettement avec un important taux d’intérêt», exilique l’économiste, en poursuivant : «En 1987, le Président Chadli avait installé une cellule de réflexion composée de chefs des grandes entreprises, à leur tête Hamrouche. Le 5 octobre 1988, on prend conscience de l’échec et des contradictions planifiées. On se retrouve, alors, dans une transition politique et économique obligatoire. On passe ainsi à l’économie du marché et multipartis et on accueille l’initiative privée. En 1993, l’Algérie ne peut plus payer ses dettes et elle frappe aux portes du FMI (1994 à 1998) qui exige la dévaluation de la monnaie, réduction de 50% du pouvoir d’achat pour rééquilibrer la balance du payement, mais aussi réduire le recrutement dans la fonction publique. Le résultat était l’ouverture du commerce international et la privatisation des entreprises publiques». Pour le docteur en sciences politiques, «c’est la mauvaise gestion qui nous mène vers le FMI et on doit assumer ses responsabilités», tient à rappeler le conférencier. En 1998, le prix du pétrole se revoit à la hausse. Une année après, le pouvoir procède au payement anticipé des dettes. Selon l’économiste, «l’État a pu investir avec l’argent, du moment qu’il avait encore du temps. En 2014, les prix du pétrole chutent on nous parle encore une fois d’austérité, gel de recrutement, annulation des projets structurants… Le régime agit de la même manière qu’en 1986 et 1994. L’échec se voit dans la stratégie d’investissement comme celle de sauvetage. Une fois le drame surpassé, on refait les mêmes erreurs», fera-t-il savoir. Des directeurs d’écoles, universitaires, journalistes venus même de Béjaïa ont apprécié le thème qui ouvre les yeux et les esprits pour mieux comprendre la situation économique commandée par le régime politique. Un riche et chaud débat a eu lieu. Certains voulaient savoir s’il pouvait y avoir un développement local dans l’état actuel de l’économie du pays ? L’invité de Bouzeguène a répondu que «ce ne sont que des paroles». «On ne peut avancer localement, en l’absence d’une volonté politique, que l’économie est étouffée. Les P/APC n’ont pas toutes les prérogatives d’avancer; le régime actuel est incompatible avec l’économie universelle», dira-t-il. À la question de savoir si la monnaie algérienne pourrait sauver l’économie, le conférencier a confirmé cela en disant que «cela permettra de détecter la corruption et l’informel». Pour la question de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, M. Ouchichi a insisté sur le fait que «notre pays n’a pas intérêt, puisqu’on exporte que les hydrocarbures». Selon l’auteur du livre «Les fondements politiques de l’économie rentière en Algérie», l’État doit encourager les vrais hommes d’affaires. Pour terminer et en guise de reconnaissance, une attestation a été remise à Mourad Ouchichi en guise de remerciement avant de passer à la vente-dédicace de son livre «Les fondements politiques de l’économie rentière en Algérie» paru en 2014. Mourad Ouchichi est né le 7 octobre 1975 à Ath Laaziz dans la willaya de Bouira. Il a eu une formation d’économiste en Algérie en se rendant compte de l’influence politique sur l’économie. Il a obtenu un doctorat en sciences politiques à l’IEP de Lyon. Actuellement, il est maître de conférences à l’université de Béjaïa.