LOGEMENTS À BÉJAÏA : Retards et impatience des bénéficiaires

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Faiblesse de l’outil de réalisation, manque d’assiettes foncières, la concrétisation des programmes publics en matière de logements traîne à Béjaïa et les bénéficiaires s’impatientent.
La question des logements a toujours constitué une problématique tant pour les pouvoirs publics que pour les demandeurs. Autant les premiers à travers leurs représentations locales éprouvent d’énormes difficultés à concrétiser les programmes pour diverses raisons, autant les seconds ne prennent pas leur mal en patience. D’où les tensions sporadiques qui naissent un peu partout à travers tout le pays.
«Cela fait plusieurs mois que nous attendons une hypothétique décision des pouvoirs publics, pour nous sortir de la précarité dans laquelle nous végétons, mais il n’y a toujours rien de concret à l’horizon», soulignait récemment un protestataire à El Kseur, bénéficiaires d’un logement de type LPA. D’autres parlent d’une attente qui se chiffre en années. Le retard et les attentes sont de mises pour tous les types de logements.
Cette sentence, qui est une réalité un peu partout dans le pays, trouve sa raison d’être dans le retard énorme enregistré dans le cadre de la réalisation, minée par la faiblesse de l’outil de réalisation local, d’où l’appel aux entreprises étrangères, la rareté des assiettes foncières pour contenir les programmes, le déséquilibre dans le financement des programmes, la réalisation des bâtiments et les VRD étant financés et réalisés séparément par deux entités différentes et enfin le favoritisme dans les attributions dans le sens où les membres des commissions sont partiaux. Autant d’obstacles qui sont souvent sources de mécontentements, qui se manifestent à travers des marches et autres rassemblements devant les représentations étatiques, APC, daïra et wilaya. La wilaya de Béjaïa a été doté de 142.953 unités de logements au cours de ces dix dernières années (deux quinquennats). En un peu plus de dix ans, seuls 92.909 logements ont été achevés. 40.557 sont en cours de réalisation et plus d’un millier d’unités sont en litige. On constate bien la lenteur dans la réalisation, qui reste un des facteurs à l’origine de la colère.
«L’outil de réalisation ne donne pas souvent des satisfactions», indique-t-on. Un handicap qui s’ajoute à celui du manque d’assiettes foncières pour accueillir les programmes. Ce problème se pose particulièrement pour la wilaya de Béjaïa dominée par un relief montagneux et accidenté. C’est pourquoi d’ailleurs, la politique des pouvoirs publics est orientée vers le logement rural qui, non seulement ralentit l’exode rural, mais permet aussi de sédentariser les populations. Ce type de logement, dont l’Etat n’intervient qu’à travers son aide de 700.000 DA, se taille la part du lion dans le programme étatique, cité plus haut. 58.655 unités ont été attribuées à la wilaya de Béjaïa, 50.988 ont été achevés le reste en cours d’achèvement et les bénéficiaires sont pressés de terminer leurs logements au risque de voir l’attribution annulée. Même ce programme n’échappe pas à la colère des bénéficiaires, qui manifestent souvent pour des raisons liées au raccordement en gaz, électricité et eau potable, que le concepteur du programme n’a pas pris en compte laissant les bénéficiaires dans le désarroi et qui n’ont de choix que de solliciter le maire de leur localité pour remédier à ces insuffisances et lorsque ces derniers ne disposent pas trop de moyens, l’on assiste à des manifestations régulières. Pour le programme Aadl, sur les 11 560 unités de dotation, seules 660 sont achevées, 4 900 sont en cours et le reste en voie de lancement. Pour ce type de logement, le retard est dû au manque de foncier.
La commune de Béjaïa a été contrainte de réaliser son programme dans la commune voisine. Là aussi, les bénéficiaires sont inquiets. Avec la récession budgétaire, on craint même le gel ou l’annulation du programme même si «le logement reste une priorité pour l’Etat», rassure le directeur du logement de Béjaïa.
Le logement de type LPA, deuxième type de logement destiné à la classe moyenne, les 2180 unités sont toutes attribuées, mais aucun bénéficiaire n’a encore occupé son logement en raison du non-achèvement des travaux (VRD). Dix ans s’attente pour certains, qui disent vivre un cauchemar quotidien. Les bénéficiaires assurent avoir saisi toutes les autorités concernées, et usé de tous les moyens légaux, pour faire aboutir leurs revendications. Ces logements ne sont pas habitables, car ils ne sont raccordés ni au réseau AEP ni à l’assainissement. Ce n’est qu’une fois les VDR achevés que les clefs seront remises aux bénéficiaires. Même scénario pour le logement social dit LPl. Les 28 756 logements dont 13.476 unités achevées ne seront pas remis aux bénéficiaires pour cette même raison.
Cet autre problème qui est à l’origine de ces retards est le fait des pouvoirs publics, qui dans leur politique ont confié la réalisation des logements à l’Office de promotion et de gestion immobilière (Opgi) tandis que les réseaux divers sont confiés à la direction de l’urbanisme et lorsque les deux entités reçoivent différemment les dotations financières, un déséquilibre prend forme entre la réalisation des logements et des VRD. Ce qui explique en partie le retard dans l’attribution des logements.