Projet de l’hôtel des Oliviers : La société civile impose l’arrêt du chantier

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Le projet d’extension de l’hôtel des Oliviers, qui piétine sur des vestiges historiques, a été suspendu par le wali, en attendant le déplacement d’une équipe du CNRA pour déterminer les potentialités archéologiques du site.
La mobilisation d’associations de la ville, d’élus et de la société civile, confortés par la position de la direction de la culture de la wilaya, a contraint le wali à intervenir et à ordonner l’arrêt des travaux de réalisation d’une salle polyvalente, dans le cadre de la construction d’un hôtel aux Oliviers, dans la ville de Béjaïa. La réalisation de ladite salle en R+3, et deux sous-sols pour le parking, à la place d’une simple aire de stationnement annexée à l’hôtel, est jugée préjudiciable pour le secteur sauvegardé de l’ancienne ville de Béjaïa et son environnement.
Ce projet annexe est rendu possible suite à la modification du permis de construire et le coup de pouce d’une association qui s’y est impliquée d’une façon indirecte. Le propriétaire de l’hôtel n’a rencontré, au départ, aucune opposition pour la réalisation de son projet, en l’absence de réserves en relation avec le fait que le site recèlerait des vestiges archéologiques et historiques.
L’obtention du permis pour la réalisation d’une extension a été suivie d’un document signé par une association à caractère culturel, écologique et touristique, Les Aiguades, en l’occurrence, qui a accordé une «caution» au promoteur, lui faisant savoir que «nous ne nous opposons pas à l’abattage des arbres à l’intérieur du périmètre d’un projet d’investissement, en l’occurrence, l’hôtel Azemmour, sis aux Oliviers».
Le périmètre en question se trouve, en fait, à l’intérieur de l’espace touché par le plan de sauvegarde du centre historique de Béjaïa. D’aucuns se disent étonnés par l’autorisation signée par l’association, considérant que celle-ci est attendue pour défendre l’espace écologique, et donc la préservation de l’environnement dans la même zone.
C’est ce que pense notamment un «groupe d’associations de Béjaïa» constitué par l’Association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel de la ville de Béjaïa, l’association Ardh, l’association des Amis de Gouraya, le Club des spéléologues de Béjaïa et des comités de quartier. Ce groupe associatif considère que «l’établissement de cette attestation est en contradiction avec les objectifs, les missions ainsi que le plan d’action et les déclarations de cette association, qui prétend défendre le patrimoine naturel et touristique de la ville».
Selon Zahir Benacer, président de l’association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine de la ville de Béjaïa, et ses camarades du mouvement associatif, l’association a remis à l’entreprise «chargée du projet, une attestation que le constructeur a utilisée pour obtenir toutes les autorisations lui permettant d’organiser un abattage massif et sauvage des arbres avant de réaliser l’extension de l’hôtel en question».
D’aucuns se demandent si les autorités concernées ont été complices ou bien bernées ?
Lors des opérations d’excavation, les pelleteuses ont détruit et remonté des traces de vestiges historiques et archéologiques datant du Moyen-Âge, d’après notre interlocuteur. Zahir Benacer a indiqué qu’une équipe du Centre national de recherches en archéologie (CNRA) ne tardera pas à se déplacer sur le site afin de déterminer les potentialités archéologiques du site. Aussi, une enquête sera ouverte en parallèle, selon toujours Benacer, par le procureur de la République sur une éventuelle violation des textes régissant le patrimoine, dont la loi n° 98-04.
Le groupe des associations de la ville insiste sur le fait que leur réaction ne vise nullement à se positionner contre l’investissement dans le périmètre sauvegardé. «Notre action ne vise pas l’arrêt des travaux au niveau de l’hôtel qui est un investissement important pour la ville, mais nous nous opposons farouchement à une extension qui ne prenne pas en compte notre patrimoine historique, naturel et végétal», précise-t-il.
Afin de permettre à l’administration d’éviter ce genre de situation, les acteurs associatifs proposent à ce qu’ils soient associés, ainsi que la direction de la culture et le bureau d’études chargé de l’élaboration du plan de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de la ville dans l’étude de toute demande de permis de construire au niveau de ce secteur.